Observation du lièvre : une rencontre inattendue
Partis pour observer la pie-grièche écorcheur, au détour d’un chemin est venu à notre rencontre un jeune lièvre. Sans bouger, celui-ci s’est approché à une distance d’un mètre. Ensuite, il a détalé à l’allure d’un lièvre.
Aujourd’hui, des lièvres d’élevage sont lâchés dans la nature « en soutien aux populations sauvages » en régression voire disparues.
Le lièvre est un animal qui apparaît dans différents contextes symboliques offrant une image spécifique de l’animal. Ainsi, on le rencontre :
- dans le sport et notamment dans l’athlétisme : L’expression « l’allure du lièvre » fait référence à la vitesse régulière et précise imposée par un coureur appelé « lièvre » ou « meneur d’allure » lors d’une course de fond ou de demi-fond
- en littérature, le lièvre est très référencé dans les fables.
Je vous ai choisi trois fables dont le sujet traite du lièvre et de la perdrix (Elle aussi, fait l’objet de réintroduction en milieu « naturel »). Tout simplement, parce qu’on a eu la chance de les voir ensemble de façon inopinée.
Le lièvre et la perdrix
Jean de La Fontaine (1621-1695)
Recueil : Les fables du livre V (1668).
Il ne se faut jamais moquer des misérables,
Car qui peut s’assurer d’être toujours heureux ?
Le sage Ésope dans ses fables
Nous en donne un exemple ou deux.
Celui qu’en ces vers je propose,
Et les siens, ce sont même chose.
Le lièvre et la perdrix, concitoyens d’un champ,
Vivaient dans un état, ce semble, assez tranquille,
Quand une meute s’approchant
Oblige le premier à chercher un asile :
Il s’enfuit dans son fort, met les chiens en défaut,
Sans même en excepter Brifaut.
Enfin il se trahit lui-même
Par les esprits sortants de son corps échauffé.
Miraut, sur leur odeur ayant philosophé,
Conclut que c’est son lièvre, et d’une ardeur extrême
Il le pousse ; et Rustaut, qui n’a jamais menti,
Dit que le lièvre est reparti.
Le pauvre malheureux vient mourir à son gîte.
La perdrix le raille et lui dit :
« Tu te vantais d’être si vite !
Qu’as-tu fait de tes pieds ? » Au moment qu’elle rit,
Son tour vient ; on la trouve. Elle croit que ses ailes
La sauront garantir à toute extrémité ;
Mais la pauvrette avait compté
Sans l’autour aux serres cruelles.
Jean de La Fontaine.




Le Chasseur, le Lièvre et la Perdrix
Édouard Parthon de Von (1788 – 1877)
Lorsque l’on vise deux objets,
Ou que l’on poursuit deux projets,
On les manque tous deux, c’est la règle ordinaire.
Certain chasseur, à la tête légère,
Nous en fournit la preuve. Au bout de son fusil,
Une perdrix se lève : « Elle est à moi, » dit-il.
Mais tandis qu’il la met en joue,
De son dessein la fortune se joue,
Et vient offrir à son regard surpris
Un lièvre, à quinze pas, au gîte.
Cette vue, on le sent, et le trouble et l’agite ;
Il suit de l’œil le lièvre, en visant la perdrix ;
Le plomb entre les deux frappe ; l’oiseau s’envole,
Et notre chasseur se désole ;
Car au bruit, le lièvre d’abord,
De son côté, s’enfuit et court encor.
Ne voyez qu’un objet, ne suivez qu’une route ;
Je le répéterai, dussé-je être importun ;
A votre but ainsi vous parviendrez sans doute.
Mais, à la fois, en poursuivre plus d’un,
C’est un moyen certain de n’en atteindre aucun.
Le Lièvre et la Perdrix”
Alexis Rousset , 1799 – 1885
Le lièvre et la perdrix causaient
En se contant leurs aventures.
Ce sont de bonnes créatures,
Qui, tout en contant, se plaisaient
A se donner force louanges :
Ils s’en donnaient de bien étranges.
— Ah! disait la perdrix, que d’ennemis cruels
En veulent à nos jours, les menacent sans cesse!
Le loup vorace et l’homme aux coups prompts et mortels,
Le vautour, le renard plein de ruse et d’adresse.
L’aigle accourant du haut des deux,
Tous ces méchants nous font la guerre à qui mieux mieux.
Qu’opposons-nous à tant de rage ?
Contre tant d’ennemis, qu’avons-nous? Le courage.
Mais nous en sommes bien pourvus. —
— Exemple, dit le lièvre: hier, j’ai mis en fuite.
Par de soudains crochets et des bonds imprévus,
Six chiens lancés à ma poursuite :
L’admirable combat; j’étais seul contre six! —
— Bien mieux, ajouta la perdrix,
L’autre jour j’étais poursuivie,
En danger de perdre la vie ;
Mais, ne redoutant point un glorieux trépas.
J’enfilai bravement un chemin de traverse
Que suivait un chasseur… il tombe à la renverse :
Le lâche, à mon aspect, avait fait un faux-pas.
Oh ! ce fut une chaude affaire. —
Hélas ! on ne se targue guère
Que des vertus que l’on n’a pas.




Oh génial ! Surtout la dernière photo.
Il y a 2 ou 3 ans j’étais aussi tombé tout à fait par hasard sur un lièvre dans la plaine de Boucoiran. Il était aussi grand qu’un chien ! Et il s’est approché très près de moi alors que j’étais campée au milieu du chemin en train de photographier tout autre chose.
Après on m’a dit que c’était la période des amours chez les lièvres et que ça rendait les mâles « fous », donc moins méfiants. Ils faisaient un peu n’importe quoi !
ça n’exclu évidemment pas la possibilité que ce soit un « lièvre d’élevage »…
C’était très étrange de voir le lièvre se diriger vers nous. Je trouve que l’on en voit beaucoup plus qu’avant.
Un petit lapin malin,
au détour du chemin …
Et la réactivité des photographes qui permet de saisir l’instant!
Et ce petit coquin s’enfuit déjà, dans une jolie pirouette…
Merci aussi pour les fables qui nous ramènent à l’enfance…
Merci Denise, Un instant fugace et magique. A bientôt.